31 janvier 2007
Quels enseignements tirés de la Gauche au pouvoir en Amérique du Sud
Ce n’est un secret pour personne et si ça l’était je le dénoue devant vous. L’histoire de l’humanité depuis au moins 300 ans ne vit que par le mouvement d’un balancier qui exerce sa force d’un extrême à un autre. Réaction, contre-réaction tel semble être le leitmotiv des rapports de force en politique. A la lutte pour l’émancipation de 1789 arépondu la création de la Sainte Alliance. Plus proche de nous, aux envolés émancipatrices de mai 68 arépondu un gouvernement construit autour d’une figure d’abord et avant tout autoritaire. Et aujourd’hui force est de constater que le retour d’une Droite dure au niveau international fait contre coup à l’espérance suscité par les forces progressistes suite à la chute du mur de Berlin (A l’époque les Etats-Unis était dirigé par les Démocrates et le peuple européen donnait à ses états membres une majorité de 13 gouvernements sur 15 à la Gauche socialiste et démocratique).
Mais pourquoi, je vous parle de ceci. Car depuis l’avènement de gouvernements de Gauche en Amérique latine, c’est la gauche européenne qui se reprends â rêver de grandes victoires sur l’ensemble de notre continent. Mais penchons-nous sur ce qui n’est en réalité qu’un effet du à un décalage du temps politique que l’histoire de ces trente dernières années éclaire parfaitement.
11 septembre 1973. Date hautement symbolique pour les progressistes du monde entier. La Moneda (nom du palais présidentiel chilien) est prise d’assaut par les avions de chasse de l’armée chilienne mettant la touche finale au coup d’Etat contre le Président socialiste chilien Salvador Allende (voir l’excellent documentaire de Patricio Guzman intitulé Allende). Cette opération militaire s’inscrit dans un vaste plan de suppression des forces de Gauche sur le continent sud américain. Profitant de la diabolisation du système stalinien, toute opposition progressiste surtout lorsqu’elle était démocratique fut supprimée. C’est l’opération Condor. L’ensemble du continent sud-américain frappé par cette « malédiction » sombre dans les années noires des dictatures. Augusto Pinochet au Chili figure de proue de l’opération cache mal les autres Rafael Videla en Argentine, Hugo Suarez en Bolivie, Velasco Ibarra suivi par Guillermo Lara en Equateur, Apparicio Mendez en Uruguay etc…
L’arrivée au pouvoir de gouvernement de Gauche dans les pays d’Amérique latine s’inscrit d’abord et avant tout dans ce contexte. Après près de trente ans de dictature sur l’ensemble du continent, le balancier revient vers les ex-pourchassés des années noires. Les peuples sud-américains ouvrent, grâce a ces accessions, une page d’inventaire des années qui ont couté cher à la démocratie et par là même aux peuples eux-mêmes. Il est difficile de déconnecter ces revendications populaires pour plus de démocratie des bilans économiques et sociaux catastrophiques de ces régimes. L’exemple de l’Argentine est à ce titre criant. Ce pays qui était classé parmi les 5 premières puissances mondiales dans les années 60-
Alors pourquoi nous européens de Gauche regardons avec attention cette expérience :
Þ Premièrement, elle fait naitre en nous un nouvel espoir quant à la réorientation idéologique de nos mouvements politiques en Europe. Car en s’attaquant aux ressources, les Gauches sud-américaines réinscrivent dans l’agenda politique de Gauche la question fondamentale de la répartition entre Capital et Travail.
Þ Deuxièmement, elle prend racine dans le réveil démocratique des peuples sud-américains à une heure où les peuples européens semblent désillusionnés sur le pouvoir du politique face à l’économique. Les expériences de démocratie participative ne sont qu’une illustration criante du besoin d’un retour du Politique à la tête de la pyramide de la Décision. Redonner du poids aux peuples, aux citoyennes devrais-je dire c’est finalement recrédibiliser l’action politique et donc paradoxalement recrédibiliser l’action des représentants du Peuple face aux pouvoirs particuliers notamment financiers.
Þ Troisièmement, elle nous oblige à revoir nos classiques notamment la question de l’internationalisme dans un monde qui se globalise surtout autour des questions économiques. La structuration de pôles politiques cohérents par continent montre à l’évidence qu’il nous faut revisiter, à Gauche, ce concept pour le régénérer. En effet, les élections connaissent souvent un effet domino sur les pays d’un même continent. Il suffit qu’un pays bascule dans un camp pour que l’onde de choc touche l’ensemble des pays du même continent. Preuve que les problématiques ne sont plus vécues comme nationales mais transnationales. Même s’il ne se traduit pas encore de manière politique sur le continent européen (le phénomène s’est quand même produit au milieu des années 90), nous sentons de plus en plus l’inter-influence des débats politiques d’un pays à un autre (cf. le débat sur le TCE ou sur les réformes sociales)
Loin d’être idyllique (différentes formes de la Gauche co-existent sur le continent. Les profils Chavez [Venezuela] & Morales [Bolivie] sont assez différents de ceux de Bachelet [Chili] & Kirchner [Argentine]), l’expérience sud-américaine renforce l’idée de refonder un ensemble politique cohérent à Gauche au niveau international mêlant à la fois les classiques politiques de la pensée socialiste (en prenant en compte les traditions des différents continents voire même des pays) et les nouvelles données issus de l’accélération du temps économique face au temps politique (du notamment aux progrès techniques et technologiques en matière de communication).
Je retiendrai deux éléments de cette expérience sud américaine qui font écho avec notre actualité :
Les peuples peuvent sembler, à certain moment de l’histoire, demander plus d’autorité. Ils n’acceptent jamais longtemps que leur liberté soit confisquée quelle qu’en soit la raison invoquée. Les 30 ans de dictature en Amérique du Sud ont très clairement débouché sur cette vague progressiste.
L’histoire politique du continent sud-américain sonne comme un appel à la raison, comme un élément de mémoire qui doit nous faire comprendre qu’autoritarisme et pouvoir de l’argent font souvent bon ménage. Alors que vient de s’éteindre Augusto Pinochet dictateur du Chili depuis 1973, je pense qu’il est certainement à l’heure qu’il est en compagnie de Milton Friedman. Milton Friedman a précédé Augusto Pinochet en disparaissant il ya quelques semaines. Il était un très proche conseiller de Pinochet. Il était surtout le théoricien du libéralisme économique, modèle qui érige la dérégulation comme facteur de stabilité mondiale. En d’autres termes le désordre pour l’économie (Milton Friedman) et l’ordre pour contrecarrer les aspirations d’égalité et de liberté des peuples souverains…. Quand je vous disais qu’autoritarisme et pouvoir de l’argent font souvent bons ménage…..
OEH
04 juillet 2006
Cauchemard
C'est bien connu, Martin Luther KING faisait un rêve, moi, j'ai plutôt tendance à faire un cauchemard tout éveillé. Mes camarades, on se prépare à un second tour Le Pen-Sarkozy. J'en
suis de plus en plus convaincu..
A côté de lui, le 21 avril 2002 ne sera rien. Je ne me vois pas aller manifester le 1er mai 2007 pour voter et faire voter Sarkozy.
Si la Droite est reconduite pour 5 ans - au moins - avec tous les pouvoirs (merci JOSPIN pour entr'autres la géniale inversion du calendrier électoral doublée du quinquennat qui, dans cette cinquième finissante, donne tous les pouvoirs à un seul camp ! )
la politique actuelle Villepin-Sarkozy nous paraîtra à posteriori bien fade. Et on pourra manisfester, pétitionner, grèver, tant qu'on voudra, (je ne crois plus à la révolution par les armes) la Droite dure aura la légitimité du verdict électoral - pour 5 ans - et donc carte blanche pour faire vraiment ce qu'elle voudra, ce que voudra le MEDEF et le CAC 40 . Les couches populaires souffriront encore plus et elles nous en voudront par la façon dont, par nos divisions internes, et notre manque
de courage, noter irresponsabilité, on aura favorisé cette débâcle. On aura du mal à s'en remettre, si on s'en remet.
On continuera à s'écharper "à l'interne sur le contenu d'une 6è République devenue hypothétique, sur le niveau du SMIC, sur les lois racistes, sur le nouveau code du travail, on refera des synthèses ou on éclatera ... et nos rares cotisations serviront surtout à la survie de nos éléphants aussi éternels qu'indispensables.
Non, vraiment pas ça. !
Tirons la leçon de l'expérience 21 avril ... il y a quatre ans, les milieux populaires nous ont quittés en grande partie pour voter Le Pen. Le F.N. est le parti pour lequel votent le plus grand nombre d'ouvriers et de victimes de la précarité. Ce sont eux qui ont fait la décision du premier tour, quitte parfois, à changer leur vote au second.
Que peut-il se passer dans 9 mois ? Le temps d'enfanter soit un monstre, soit un espoir...
LE DANGER LE PEN.
Le Pen, qui est loin d'être un imbécile, a bien saisi l'enjeu. Rappelez vous son slogan "Economiquement de droite ... socialement de gauche".
Si l'on analyse ses derniers discours (il parle peu, laissant habilement les déchirements internes de l'UMP et du PS lui profiter) il attache une attention particulière aux classes populaires. Au delà de ses habituelles références à Jeanne d'Arc et Hugues Capet, à ses attaques contre le "capitalisme apatride juif" (différence fondamentale avec De Villiers) et "ses médias" , de sa volonté de rétablir la peine capitale, de sa dénonciation du complot contre la bande des quatre rebaptisée UMPS, de la volonté de "sortir les sortants"... il fonde tout son discours, avant tout sur deux points;
-l'INSECURITE, due à "une immigration sauvage et incontrôlée".
-le SOCIAL, par l'exploitation de la souffrance réelle, et il tient un discours parfois emprunté à la gauche la gauche.
-Il se veut le "défenseur des 6 millions de chômeurs"
-Il a condamné le "CPE, énième régression des acquis"
-Il revendique "plus de solidarité et de justice sociale pour les
travailleurs"
-il condamne la "mondialisation ennemie du peuple français".
Pour lui le F.N. est le seul parti du peuple contre la" bourgeoisie socialiste" et les "apparatchiks communistes résiduels". Il drague même ouvertement l'électorat "beur" fondant son action à la fois sur la sympathie qu'il dit avoir envers les "harkis" (merci Frèche !) et sur la politique israélienne qui nourrit un antisémisme qu'il revendique presque ouvertement. (Voir l'émission avec Marie LE PEN sur radio BEUR je crois - j'ai égaré la référence exacte.)
Si on ajoute à cela la défiance politique aujourd’hui constatée dans la population, la rébellion de l’électorat qui fait que 40% des votants expriment régulièrement un vote protestataire, les scandales CLEARSTREAM, les parachutes dorés des grands patrons; l'amnistie de Guy DRUT, ainsi de suite ... tout cela lui profite, plus à lui qu'au PS.
Le peuple se souvient, hélas, de la succession de scandales aussi tonitruants (j'ai pas dit toni-truands et pourtant !) qui, au temps de la "gauche miterrandienne" n'avaient rien à envier à ce que l'on connait aujourd'hui. Et même encore aujourd’hui, ils ont leur Guy DRUT et on a notre CAMBADELIS et les conseillers politiques de JOSPIN (MNEF).
Nous avons chèrement payé tout cela. Et nous n'avons peut être pas fini. Les critiques lepénistes contre la classe politique corrompue font mouche, les émeutes des banlieues, la montée des violences contre les personnes que même Sarkozy ne peut plus nier ... tout cela apporte de l'eau à son moulin.
Dernière chose, et qui nous fait mal tellement mal qu'on a de difficultés à le reconnaître, il a été, autant que nous, le vainqueur du NON au référendum européen et ravis que nous étions de notre
victoire, je pense qu'on l'a un peu trop vite oublié.
Tous les fondamentaux du vote LE PEN sont là pour une montée que l’on peut craindre irrésistible.
Jamais à un an de l'élection présidentielle, il n'a été aussi haut dans les sondages en termes de données brutes (12-13% ce qui fait craindre bien plus). Je ne vois vraiment pas ce qui l'empêcherait de se retrouver au second tour comme la dernière fois !
On peut se dire que l’âge du capitaine est un handicap (pas sûr), que Sarkozy va lui piquer des électeurs (c’est pas plus rassurant). De plus, un rapprochement avec d'autres groupuscules ultra-droite, y compris Mégret, est dans les tuyaux.
Oui c'est vraiment un cauchemard. Et cette fois on n'aura pas l'excuse de la surprise d'il y a 4 ans.
LE P.S. SCLÉROSÉ :
Occupé (empêtré ?) dans l’élaboration de son projet, divisé, plus que les votes quasi unanimes du national ne le font apparaître, le P.S. est en difficulté et pas à la hauteur de sa réplique. La compétition féroce de ses candidats pollue l'atmosphère, pour encore pas mal de temps.
Je pense qu'on est en difficulté pour analyser les phénomènes politiques actuels au moment où certains nous rejoignent, où d’autres quittent le navire et où beaucoup sont dubitatifs ? Cela ne mériterait-il pas un large débat démocratique, c'est à dire contradictoire mais respectueux entre nous ?
Et pourtant, il me semblerait important par exemple de comprendre le phénomène Ségolène qu'on ne peut pas évacuer d'une formule assassine, de réfléchir aux raisons de la désertion de l'électorat populaire, de l'évolution de la société française (Etude du CEVIPOF dur le baromètre politique français) qui nous montre une France partagée entre droite et gauche, mais aussi clivée entre les partisans de la modernisation sociale (et il n'y en a pas qu'à droite) et ceux d'un protectionnisme, voire d 'un corporatisme ( et il n'y en a pas qu'à gauche). Cela expliquerait bien de nos difficultés internes comme externes et nous permettrait peut être de les surmonter.
Si on quitte le NPS par désaccord avec tel ou tel point, c'en est fini de notre espace de discussion, il ne reste plus qu'à re-construire un parti stalinien où tout le mode obéit au chef suprême sous peine de
goulag. Si on veut que le NPS soit un opposant systématique, il faut créer un deuxième Lutte Ouvrière.
ET ALORS ?
Pour conclure, je soumets cela à votre réflexion: j'ai lu, dans ma jeunesse un ouvrage de Fernando CLAUDIN. sur l' histoire du mouvement communiste international (j'ai égaré l'ouvrage et il est épuisé chez Maspéro, la "découverte" d'alors).Il expliquait très clairement que le Parti Communiste Allemand dans les années trente en application des règles du Komintern et de la fameuse stratégie "classe contre classe", avait facilité l'arrivée du parti nazi au pouvoir en traitant la social démocratie allemande d' "aile modérée du fascisme".
On sait ce qu'il advint.
Elément annexe: le PC Allemand ne s'en est jamais remis.et je pense que c'est dommage car il aurait pu tirer à gauche le SPD qui en a toujours eu bien besoin.
Aujourd'hui quand les sites internet d'extrême gauche traitent Ségolène ROYAL de "nouvelle Eva BRAUN", (Marianne n° 477 page 13) je me dis l'histoire pourrait se répéter et que nous devrions tous
ensemble nous lever pour hurler et ne pas se faire les complices de ces gens là, voire pour les combattre, clairement.
Il en va de nos libertés. Ce serait bien de vérifier que nous sommes tous bien d'accord là
dessus, sinon je pronostique la mort du N.P.S. et de nos espoirs.
Marc M.