Nouveau Parti Socialiste Loire (42)

Blog du Nouveau Parti Socialiste dans la Loire. Espace d'échange, de débat, de réflexion et de découverte d'un courant qui se donne pour mission d'ancrer à Gauche le Parti Socialiste Français et d'en rénover les pratiques politiques.

26 septembre 2006

Intervention de Benoit Hamon à Saint Nazaire (24/09/06)

C’est un peu l’heure des bilans. Un peu aussi l’heure de vérité.Hamondix

NPS est né au lendemain du 21 avril. Au lendemain d’une élection présidentielle.

Il n’est pas inutile de nous souvenir pourquoi

Nous avions tous des trajectoires différentes. Nous avons tous vécu cette défaite comme une blessure.

Une blessure créée par :

- notre distance avec les classes populaires.

- l’asphyxie de

la démocratie. Le

poids des médias dans la campagne, nouvel acteur omniprésent.

- la dégradation des conditions de vie, morcellement du corps social.

Nous étions aussi en colère face à la cécité des élites socialiste, le repli sur l’appareil pour mieux échapper à l’inventaire des responsabilités politiques.

C’est le moment de mesurer et d’évaluer ce que nous avons contribué à changer.

Les signes visibles de l’influence du  NPS sont d’abord dans le projet.

1.    L’Europe. Depuis le 29 mai la ligne du PS a changé. La ligne du PSE a changé

2.    La démocratie : République nouvelle.

3.    Les salaires. Une approche globale de la question sociale plus conforme à nos analyses.

4.    Nous avons nettoyé, rafraîchi, (clarifié) la relation du PS avec le mouvement social empreinte de soupçons respectifs.

L’essentiel de notre bilan est là. On ne peut pas faire comme si l’ensemble de ces acquis était subalterne, secondaire au moment du choix du candidat.

Nous avons aussi connu des échecs.

1.    Depuis 5 ans la majorité du PS est

la même. Si

son centre de gravité a bougé, le casting a peu évolué. ce sont les mêmes qui dirigent le parti. Ca n’est pas tant une question de génération qu’une question d’orientation.

2.    Peut être en est ce la raison ou la conséquence : nous nous sommes divisés. La gauche du parti est morcelée. Elle n’a ni leader, ni stratégie commune.

3.    La dépolitisation (la désidéologisation) s’est accentuée. C’est comme si le choix du candidat à l’élection présidentielle faisait tomber tous les clivages politiques en notre sein et qu’elle provoquait même la dissolution des courants.

4.    Le rassemblement à gauche reste une chimère. Le parti en 5 ans n’a que trop peu restauré sa capacité à conduire le rassemblement de

la gauche. Le

casting des présidentielles risque d’être aussi éclaté qu’il y a cinq ans.

5.    Le spectre d’un nouveau 21 avril n’est pas écarté.

Un nouveau 21 avril reste envisageable

- les raisons sociales demeurent.

- l’impasse démocratique est amplifiée par 5 années de mépris du suffrage universel, d’autisme et d’irresponsabilité politique au sommet de l’état. L’affaire Clearstream a montré l’utilisation des moyens d’état au service de règlements de compte interne à la majorité.

- le discours de Sarkozy accentue la rivalité entre les français, la stigmatisation de groupes entiers de la population française.

- un duel gauche droite au second tour déjà annoncé par la presse et qui oublie Le Pen.

- l’indifférenciation entre le discours de gauche et le discours de droite subsiste.

Quelle est la réalité du rapport de force entre la gauche et la droite à quelques mois du premier tour ? Il est un chiffre qui suscite peu de commentaires à gauche, une constante quel que soit le candidat socialiste, le rapport de force entre la gauche et la droite, en intention de vote, s’établit selon tous les instituts autour de 43-44% pour la gauche et l’extrême gauche, 56-57% pour la droite plus l’extrême droite.

Ce qui frappe dans ce chiffre, c’est que le bilan de la droite ne se traduise pas par un rapport de force plus favorable à

la gauche. Nous

avons sans doute notre responsabilité dans cette réalité mais il faut aussi regarder l’évolution plus profonde de la société française.

D’abord celle-ci vieillit et simultanément devient plus frileuse, plus peureuse plus conservatrice.

Ensuite, le constat que nous faisions au lendemain de la présidentielle précédente demeure d’actualité : le recul des protections collectives, des services publics, de la sécurité sociale, du droit du travail, n’est pas seulement une régression sociale, ce recul alimente un sentiment qu’on ne va pas pouvoir se payer longtemps un tel modèle social.

Pour les plus jeunes, confrontés au décalage entre l’avenir possible, celui d’une intégration professionnelle et sociale réussie après l’école et l’avenir probable, celui du chômage, des petits boulots, de la précarité, déstabilise  la confiance des élèves, des parents comme des profs eux-mêmes dans l’efficacité du système éducatif.

Les services publics vivent une mutation accélérée à coup de libéralisations sectorielles décidée par l’Union Européenne. Comment maintenir la gratuité ou l’égalité tarifaire, les péréquations entre territoires riches et territoires pauvres, dans un environnement désormais ouvert à la concurrence.

Nos valeurs et nos réponses ne sont pas majoritaires dans

la société. Ils

sont des millions à être en colère, à être désorientés, à refuser les politiques libérales et simultanément ne font pas confiance dans nos propositions pour répondre à leur demande, pire ne croient plus que nos valeurs, la solidarité, l’égalité et la redistribution puissent avoir une traduction politique et sociale concrète.

Le danger, c’est quand les socialistes intègrent eux même que c’est trop compliqué de réguler l’économie, trop compliqué de lutter contre les délocalisations, de redistribuer plus justement

la richesse. Le

danger est là quand par notre propre attitude, nous confirmons l’impression qu’il est vain de freiner la dégradation globale des conditions de vie des individus et de leur capacité à vivre ensemble. Quand hier on opposait au pessimisme de la raison l’optimisme de la volonté, quand on disait le monde est dur, on doit le changer, aujourd’hui on dit le monde est dur on doit s’adapter.

La désidéologisation, l’indifférenciation dans le débat politique génèrent progressivement ce que j’appelle la pensée de marché.

Cette pensée fluctue selon les règles de l’offre et de

la demande. Une

pensée flexible. Une pensée aussi souple que l’exige les soubresauts, les humeurs de la demande, les humeurs de l’opinion publique.

Quels sont les acteurs de ce marché. Les sondeurs qui vendent le produit le plus précieux : ce que pensent les français. Ce que veulent les français. Ce que supportent les français. Ils sont les marchands, ceux qui fabriquent l’opinion publique.

En face on  trouve les clients. Ce sont les responsables ou formation politique qui achète des sondages et des groupes qualitatifs. A droite comme à gauche on consomme les mêmes enquêtes d’opinion. On fait appel aux lumières des groupes qualitatifs, séances durant lesquels quinze français coachés par un  intervieweur, parlent de tout, de rien, de la politique, de leur vie et dont les instituts extraient l’humeur profonde de

la France. Bistrot

à 30 000 euros.

Vient enfin le moment de restituer aux clients la demande des français. Arrive donc sur le bureau de nos dirigeants politiques de droite comme de gauche une livraison identique. Tant de français pensent ceci, tant de français détestent cela.

Le problème ne vient pas de ce que cette information existe, ni même qu’on en tienne compte. Elle vient de la place, de la proportion dans laquelle elle inspire le débat politique. Le problème vient aussi qu’on oublie ou qu’on ignore l’absence de neutralité de ceux qui posent les questions et les publient.

Ceux qui publient, ceux qui plantent le décor. Ce sont les médias. Deux exemples récents montrent:

Sarkozy et les régimes spéciaux.

Sarkozy et les juges

Au lendemain du 21 avril nous disions que nous avions perdu parce que nous avions accepté de regarder la société avec les yeux de

la droite. Nous

avions accepté son terrain. Nous avions accepté la hiérarchie des problèmes sociaux qu’elle voulait imposer. Et bien  cinq ans plus tard, selon un scénario identique, nous glissons progressivement d’une stratégie d’affirmation de notre projet à une autre stratégie principalement élaborée autour du dialogue avec l’opinion publique.

Le nombre croissant de sujets qui échappent désormais au clivage entre la droite et la gauche illustre le phénomène.  C’est à partir de nos rangs qu’on a entendu qu’une politique de sécurité, une politique économique, une politique européenne, une politique éducative n’était ni de gauche ni de droite, elle est efficace ou inefficace.

Au bout du compte un échantillon représentatif de 964 français peut peser davantage dans la stratégie d’un candidat que la réflexion collective d’un parti de plus de 200 000 adhérents.

Temps politique/temps médiatique

Cette nouvelle donne politique est une conséquence de ce que nos élites confondent le temps politique et le temps médiatique.

Notre temps à nous militants, c’est le temps long, celui pendant lequel les militants peuvent et doivent mobiliser leur intelligence, leur désir de participer et d’échanger, leur volonté de convaincre.

Depuis 4 ans le Nouveau Parti Socialiste a fait honneur à l’intelligence de tous les militants socialistes en participant pleinement au débat, en en faisant le cœur de son activité à l’intérieur du Parti Socialiste. Depuis la création du NPS, nous n’avons jamais déserté ce front du débat, mais toujours dans le même état d’esprit : convaincre, faire avancer tout le Parti, pour ne plus connaître le sentiment humiliant d’inutilité qui nous a tous submergé le 21 avril 2002.

Est-ce que cette activité nous a empêché d’être à l’écoute des citoyens ? Je ne le crois pas. Parce que je crois que les millions de français qui ont défilé contre le CPE, et auparavant contre la guerre en Irak – pour ne citer que ces deux exemples – je crois que les millions de français qui ont voté NON au référendum sur le TCE, nous avons fait mieux que d’être à leur écoute. Nous avons été à leurs côtés.

Qui depuis 4 ans a le mieux restitué l’humeur des français, leur désir profond ?

qui ?

qui mieux que ceux qui ont été à l’écoute de leur protestation,

qui mieux que ceux qui ont été les interprètes politiques de cette protestation et ont rassemblé ces millions d’hommes et de femmes dans une réponse politique commune de gauche.

Mais bien sûr, en règle générale, ce temps politique a un inconvénient majeur : il est rarement le temps médiatique :

Car il n’est pas possible de résumer en un titre de quatre mots quatre ans de débat politique. Il n’est pas vendeur d’expliquer que des militants qui débattent ne sont peut-être pas des apparatchiks, mais tout simplement des femmes et des hommes de gauche attachés à l’existence d’un intellectuel collectif socialiste. On ne fait pas la une d’un magazine en disant le candidat, c’est le projet.

Car le temps médiatique, lui, défile. Les titres, les sondages, les photos ; tous les mois ; puis toutes les semaines ; puis tous les jours. Si vous parlez d’autre chose, vous êtes « déconnecté ». Vous devenez invisible.

Mais si cette invisibilité est le prix du temps politique, quel est le prix du temps médiatique ? Réfléchissons à cela : si nous cédons à cette ardente obligation de commenter chaque jour, de suivre le vent, de prendre pour argent comptant les humeurs d’une opinion publique que nous laissons sonder par d’autres. De sanctifier le choix fait par des médias que dans nos textes nous avions cloué au pilori ?

Si nous nous rendons à cette prétendue raison du plus fort, alors plus rien de ce que nous avons construit dans le temps long n’existera. Les acquis sur la République parlementaire, sur le pouvoir d’achat, sur le partage de la valeur ajoutée, sur la rénovation, ces idées que nous avons défendu dans le parti pendant quatre ans – et bien souvent depuis beaucoup plus longtemps – ces idées qui ont progressivement gagné du terrain parmi les militants au point que la direction a du les faire siennes… Eh bien ces idées, elles aussi, elles disparaîtront au gré du courant, du flux d’image, de la répétition des enquêtes d’opinion.

Car si les sondages, et seulement eux, suffisent seuls à convaincre pour choisir aujourd’hui une personne, comment réagirons-nous quand ils nous diront que ce en quoi nous croyons n’est pas vendeur ? Alors, il sera trop tard. Le piège infernal du tic tac médiatique se sera refermé sur nous.

Je voudrai vous convaincre d’une chose. Les hommes et les femmes qui voteront en mai prochain, ces hommes et ces femmes ne voteront pas en fonction des questions qu’on leur pose aujourd’hui. Ces hommes et ces femmes voteront en fonction de leur intérêt. Leur intérêt personnel, ce qu’ils espérèrent y gagner. Ce qu’ils veulent voir changer.

Et il va falloir convaincre des millions d’entre eux qu’ils ont moins à gagner avec Sarkozy qu’avec nous.

Il va ensuite falloir les convaincre, que voter pour nous c’est leur donner du pouvoir, du pouvoir à tous, du pouvoir à chacun d’entre eux.

Il va falloir ensuite les convaincre que nous aurons le courage politique véritable, pas celui de renverser la table au Parti socialiste, celui de nous affronter à ceux qui bloquent, freinent interdisent le changement pour préserver leurs privilèges et leurs intérêts.

Le courage, il se jugera dans le face à face, difficile avec le MEDEF pour changer la répartition de la valeur ajoutée.

Le courage, il se jugera sur la scène européenne dans le temps, la patience, l’énergie que nous consacrons à réorienter la construction européenne.

Nous devrons les convaincre de tout cela.

Penser que nous rassemblerons la gauche seulement sur l’anti Sarkozysme et la culpabilité du 21 avril 2002, est une erreur grave. C’est croire que ce sont les électeurs qui nous ont manqué et pas les socialistes qui ont manqué à leur camp.

Camarades, notre rôle, quand tout s’agite ailleurs, c’est d’être cette sentinelle qui dit gravement et fermement à tous les socialistes : cette fois ci, nous n’avons pas le droit de manquer à notre camp.

Posté par Npsloire à 14:05 - Université de Rentrée à Saint Nazaire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Intervention de Vincent Peillon à Saint Nazaire (24/09/06)

VincentPeillonCher

(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades,

Je voudrais d’abord remercier, en votre nom à tous, l’équipe de nos camarades de Saint Nazaire, et plus globalement de Loire-atlantique, autour de Christophe Cotta, qui a permis l’organisation de cette université de rentrée. C’est un énorme travail, c’est un travail réussi. Merci à tous.

Un mot de remerciement aussi pour l’équipe nationale, tout particulièrement pour Julie. Ce n’est pas toujours facile de gérer notre troupe, turbulente, mais ça vaut le coup. Merci Julie.

Dans le moment particulier où nous nous trouvons, devant le choix que nous avons à faire, je voudrai d’abord revenir, comme vient de le faire justement Benoît, sur notre identité et notre histoire, celle du NPS, non pas par égotisme de courant ou passion de l’archive, mais parce qu’il faut des cohérences politiques, et que cela peut être utile pour nous aider à choisir collectivement. C’est ce moment et ce choix dont je vous parlerai ensuite. Puis je dirai quelques mots de ce qui me semble être les enjeux de l’avenir, les enjeux de demain, ce qui est sans doute l’essentiel.

Le 21 avril 2002. Ce n’est pas un mot-valise, ce n’est pas une étiquette commode, ce n’est pas une référence mécanique, aveugle, obligée. C’est un séisme dans notre histoire. C’est plus qu’un évènement, c’est un avènement, une blessure profonde à la peau de notre histoire, une blessure qui n’est pas cicatrisée, et nous devons nous y affronter. La gauche, notre gauche, c’est d’abord le combat contre la haine fasciste, xénophobe, antisémite, raciste, ce sont les combats contre l’esclavage, Schoelcher, Blanc, les congrès de la paix et les Etats-Unis d’Europe, l’affaire Dreyfus, les comités de vigilance, les maquis, le conseil national de la résistance la lutte anticoloniale. Cela touche au plus intime, au plus puissant, au cœur, au granit, à la lave de notre engagement républicain et socialiste. Nous avons vu monter, depuis 1983, le phénomène Front national, mais nous ne pensions pas qu’après cinq années d’une législature où nous n’avions pas démérité nous nous trouverions devant l’élimination de notre candidat, absent du second tour, et que c’est le candidat de la haine, de l’abjection raciste qui y serait présent, porté par un électorat populaire, celui du gaucho-lepénisme. Et c’est pourquoi il nous fallait réagir. C’est en réaction à ce séisme que le NPS est né. Il n’est pas né tout de suite, comme Nouveau Monde. Nous avons attendu plusieurs mois. J’ai d’abord essayé, comme Porte-parole du PS, de convaincre François Hollande de proposer que ce soit tout le PS qui réagisse en tirant pleinement les leçons et en accomplissant sa mue. Je n’ai pas, ni moi ni d’autres, réussi à le convaincre, et il a choisi une autre stratégie, celle d’unir de façon défensive les futurs candidats que nous voyons s’ébrouer gaiement aujourd’hui, amis de Jack Lang, d’Aubry, de Jospin, de Fabius, de Dominique Strauss-Kahn dans une unité conservatoire et défensive. Je pense que ce fut un mauvais choix, et que ce qui n’a pas été fait hier devra tout de même, parce que l’histoire est obstinée, têtue, et que lorsqu’elle pose des questions elle les repose jusqu’à obtenir des réponses, être fait demain. Je pense aussi que la situation curieuse que nous vivons aujourd’hui résulte de ce choix.

Dès lors, le NPS est né avec une tripe détermination : une orientation politique, l’ancrage à gauche et la rénovation ; un choix stratégique, non pas constituer l’énième courant de gauche mais afficher une vocation majoritaire ; une ambition intellectuelle, permettre le dépassement de l’alternative sinistrisme-archaïsme // modernité-dérive libérale, qui divise le parti depuis 1905 et le condamne à une compulsion de répétition assez désolante.

Une orientation politique. L’ancrage à gauche. Ce n’est pas pour nous une question de posture. Le petit jeu qui a toujours eu lieu à l’intérieur de notre parti, et maintenant même à l’intérieur des courants, de savoir qui est le plus à gauche, est assez dérisoire si on le juge au tribunal des actes des uns et des autres, bref des réalités, ce qui en politique n’est pas toujours inutile. Mais il s’agit là de la réponse à la question déjà posée par l’analyse du 21 avril, et qui demeure centrale aujourd’hui, celle de la reconquête des couches populaires, avec la question qui lui est liée, et qui est au cœur du débat qui nous anime, celle du populisme. Notre réponse, et je vous demande de bien vouloir relire le texte d’appel à la fondation du NPS que j’avais signé avec Arnaud Montebourg et Julien Dray, tenait en quatre points :

D’abord, la revalorisation du travail, de la valeur travail. Comme quoi, vous voyez, ce n’est pas nouveau, et pas tant de droite que je l’entends. Revalorisation du travail pour nous cela veut dire : rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée en faveur du travail et donc politique salariale, lutte contre la précarité, renforcement des droits des salariés, nouveaux droits avec la sécurité sociale professionnelle, et la vraie réforme de la formation professionnelle ;

Ensuite, deuxième orientation, celle de la rénovation démocratique, avec la VIème République, le renforcement de la démocratie sociale pour avoir des partenaires sociaux forts et une négociation revivifiée, une démocratie locale approfondie, une décentralisation simplifiée et relancée ;

Notre troisième point concernait la crise des valeurs, la question de l’autorité républicaine et de l’esprit public, la bataille idéologique qu’il nous faut conduire contre la droite en assumant non pas la dérive libérale-libertaire mais les valeurs autour desquelles nous avons construit la république, en particulier la laïcité, qui n’est pas seulement tolérance, neutralité, mais un ensemble de valeurs qu’il faut porter, une laïcité positive, militante. La gauche, ce n’est pas le désordre, et c’est trop facile à la droite de le laisser croire. Dans un très beau texte, publié dans sa revue d’exil, en 1850, intitulée Le Nouveau Monde, Louis Blanc montrait comment la droite battait les socialistes, à la campagne et dans les milieux populaires, en faisant croire qu’ils incarnaient la paresse, la fin de la famille et le désordre. C’est une vieille affaire, et il ne faut pas être trop naïf en ces questions.

Enfin, notre quatrième point concernait la réorientation de la construction européenne pour qu’elle ne soit pas seulement le cheval de Troie de la dérégulation libérale et l’émergence de régulations sociales, environnementales, démocratiques au plan mondial. Voilà les quatre points de notre carré magique. Voilà ce que signifie pour nous l’ancrage à gauche. Ce n’est pas une posture. Ce sont des analyses et des propositions précises pour agir dans le monde tel qu’il est, dans l’Europe telle qu’elle est, dans

la France

d’aujourd’hui. Et si vous regardez maintenant le Projet socialiste, celui que nous portons tous ensemble, vous pourrez vous dire que finalement ce n’était pas tout à fait inutile d’avoir porté ces analyses et ces propositions, d’avoir porté des motions à Dijon puis au Mans, d’avoir défendu nos analyses dans le référendum interne sur le Traité constitutionnel.

Et le deuxième aspect de notre orientation, la deuxième jambe du NPS, c’est la rénovation. La rénovation ce n’est pas un concours de belles gueules ou je ne sais quel gadget de communication. C’est un sujet de fond qui mérite mieux qu’une moquerie. C’est d’abord refuser les angles morts, non pas les territoires perdues mais les questions tues de

la République

, lever la chape de plomb qui pèse sur les débats en notre sein, ouvrir grand les portes et les fenêtres du PS. Cela veut dire poser d’autres questions, essayer de poser les mêmes questions autrement, et le compte n’y est pas. C’est faire entrer dans le débat politique des questions qui sont dans tous les esprits, dans toutes les préoccupations, mais qui en sont encore absentes : débat, pour commencer, sur l’eau, sur l’énergie, sur le réchauffement climatique. De ce point de vue, la contribution du NPS au diagnostic qui avait précédé le projet est un des meilleurs textes que nous ayons produit ensemble.

Ensuite, c’est précisément faire en sorte que notre parti ressemble plus à la réalité de la société française, et c’est un grand chantier qui vient d’être ouvert, où nous avons joué notre rôle d’aiguillon, et qui est loin d’être accompli.

Enfin, et c’est déterminant. La gauche a, depuis 1981, gouverné 15 ans, 15 ans sur 25, et il serait bien présomptueux d’imputer nos insuffisances ou nos échecs à l’absence de volonté ou de conviction de nos prédécesseurs. Je ne sonde ni les cœurs ni les reins, mais je ne crois pas que Pierre Mauroy ou Lionel Jospin, par exemple, soit moins volontaires qu’aucun d’entre nous. Donc la question n’est ni celle des objectifs, toujours les mêmes, toujours généreux, ni celle des personnes : elle est celle des instruments de l’action politique. Et avec l’idée de

la VI

république, politique, mais aussi sociale, locale, c’est cette question des instruments et des outils de l’action qui est posée. Nous ne pourrons pas conduire des politiques de gauche avec des instruments qui ont été conçus et construits pour conduire des politiques de droite. Là aussi, il faut le reconnaître, nos analyses et nos propositions ont progressé dans le Parti.

Voilà l’orientation politique qui est la notre depuis l’origine, celle qui est encore la notre aujourd’hui, celle que nous devons continuer de faire vivre ensemble. Comme on le voit, nous pouvons être utiles, voire décisifs, et notre tâche historique est loin d’être accomplie.

Je disais à l’instant que notre volonté a été d’ouvrir les portes et les fenêtres du PS : attention de ne pas, à l’inverse, refermer celles du NPS. Soyons toujours en mouvement.

Pourquoi je vous dis cela.

Car le NPS, ce n’est pas seulement une orientation politique, je viens de la rappeler, c’est aussi une stratégie politique. Je voudrais en dire maintenant quelques mots.

Il y a toujours eu, dans le PS, des courants de gauche, entre 10 et 30 % des voix. C’est un choix possible. Notre histoire enseigne pourtant, dans la durée, que ces courants servent le plus souvent de caution dans les périodes d’opposition et de reconquête, se font absorber au pouvoir et échouent alors à imposer leurs vues. Généralement, ils dépérissent, éclatent, se sectarisent ou scissionnent. C’est pourquoi notre volonté a été non pas de créer, d’occuper ou de gérer une part de marché, mais que nous avons bien indiqué dés le début que nous souhaitions entraîner tout le PS, le conduire tout entier à bouger. C’est pourquoi notre vocation est toujours d’être majoritaire. Non pas nous replier sur nous-mêmes, faire la leçon aux autres, jouer je ne sais quelles sentinelles ou je ne sais quelles vigies, non pas prophétiser tous les malheurs qui nous guettent, mais peser, construire, entraîner.

Enfin, cette orientation politique et cette stratégie s’appuient sur une ambition idéologique puissante qui nous ramène à l’histoire de

la SFIO

dont nous venons de célébrer, assez médiocrement d’ailleurs du point de vue de la réflexion profonde, le centenaire. Car depuis 1905, lorsque Jaurès a rendu les armes à Guesde pour faire l’unité, nous vivons cette alternance de discours de rupture et de pratique opportuniste. Amicalement, presque affectueusement, je voudrais dire à notre ami Mathieu Klein qu’il devrait veiller, lui qui est si moderne, a ne pas ressusciter la vieille SFIO. Certes, il faut donner de la voix ici contre Arnaud Montebourg et Ségolène Royal pour se faire applaudir des jeunes camarades présents dans la salle. Mais il faudrait aussi te souvenir que lorsque tu as fait ta belle campagne législative les deux camarades que tu avais sollicité pour te soutenir et te porter auprès des électeurs, c’étaient précisément Arnaud Montebourg et Ségolène Royal ! Un discours dans sa circonscription, un autre dans les salles de congrès, on a connu ça, évitons de recommencer !

Prenons d’ailleurs l’engagement entre nous, on ne sait pas de quoi demain sera fait, que même si nous ne sommes plus sur les mêmes tribunes, nous ne nous ferons pas siffler les uns les autres. Croyez-moi, il y a assez de responsables politiques de droite, Sarko, Villepin, De Villiers, Le Pen à siffler pour s’économiser entre nous. Mais je reviens à mon propos. Si l’on veut dépasser l’impossible rénovation du socialisme français, l’échec de Jaurès, de Blum, de Mayer, de Mendès et d’autres plus récemment, il faudra renouer, par delà Marx, avec le socialisme français, celui de 48 ; de Leroux, Blanc, de Malon, auxquels Jaurès devait tant. On trouve alors les éléments d’une nouvelle synthèse dont nous devons être aujourd’hui les porteurs. 

Voilà ce que nous sommes, ce que nous devons garder à l’esprit pour faire nos choix, ce qui doit nous guider encore pour l’avenir : une orientation politique, un choix stratégique, une ambition idéologique. Et nous avons aussi, depuis quatre ans, une histoire. Cette histoire, ce n’est pas seulement des évènements qui se succèdent, c’est un sens qui se déploie. Essayons d’en tirer quelques enseignements.

Je discerne plusieurs moments : le choix de l’union aux régionales et aux européennes ; le choix du non pour le référendum sur le Traité constitutionnel ; le choix de réunir NPS et Nouveau monde ; le choix de la synthèse au Mans et le départ de Montebourg ; notre implication dans le Projet et, par Henri, dans les Etats Généraux du Projet. Si vous prenez tous ces choix, ils dessinent une ligne constante : le choix de l’unité, de l’intérêt du Parti, de l’intérêt de la gauche et du pays, une fois que nous sommes allés au bout de notre effort et du rapport de force pour infléchir la ligne dans le sens qui nous paraît efficace et juste pour gagner d’abord, pour agir ensuite. Cela peut coûter : en places à la proportionnelle, pensez aux régionales et aux européennes, pas une seule tête de liste régionale et la moitié des places auxquelles nous avions droit aux européennes et pas une tête de liste pour à l’époque près de 40% des suffrages militants ! Mais aussi amicalement et politiquement, pensez au départ d’Arnaud après la synthèse, départ dont il a reconnu lui-même, en votant le projet, qu’il n’était pas politiquement justifié. Mais nous avons toujours fait passer l’intérêt du parti avant notre intérêt de courant. D’autres leçons peuvent être tirées de ce parcours, utiles pour notre choix à venir.

Lorsque nous choisissons le non au référendum interne, beaucoup de camarades du NPS ne sont pas d’accord avec cette position, certains ont voté Oui et ils sont dans cette salle. Mais le courant, comme collectif, a pris une position politique. Pour prendre une position, il n’est pas nécessaire d’être unanimes, il suffit d’être une majorité. Et il ne s’agit pas d’exclure ou d’interdire d’expression ceux qui pensent autrement. Il y a, dans notre courant, une certaine proportion de camarades qui vont voter Fabius : c’est bien leur droit, ils ont tout notre respect et notre amitié, ils sont et restent NPS autant qu’ils veulent, mais ce ne sera pas la position du NPS. J’ai été étonné hier de voir ces confusions entre choix et unanimité, avec l’idée que la minorité serait exclue ! Ce n’est pas notre tradition !

Mais un autre enseignement est que le fait de ne pas être unanimes ne doit pas nous empêcher de choisir. Le non-choix n’est pas une position politique. J’entends des argumentations sophistiques sur notre refus des institutions de la Vème république, généralement tenues d’ailleurs par des camarades qui il y a quelques mois moquaient cette question. Ce n’est pas sérieux. Aucun responsable politique, a fortiori pas le premier courant du PS, ne pourra s’abstenir de prendre position. Quant à la liberté de vote comme ciment de l’unité et garantie de l’efficacité, épargnez-vous ces exercices de somnambulisme !

Ensuite, cette affaire de populisme. Souvenez-vous la campagne du non, les accusations de populisme ! Ne confondons pas le populisme, qui pousse aux plus bas instincts, et le Peuple, au sens républicain, celui de Michelet, celui de la souveraineté populaire. Et puisque nous voulons retrouver les couches populaires, ne reproduisons pas aujourd’hui les argumentations que nous dénoncions hier. Je vous indique d’ailleurs que dans ceux qui ont voté non il n’y avait pas que des non de gauche et que certains n’étaient pas sur des argumentations auxquelles nous pouvons adhérer. Le vrai problème est la structuration, par les discours et les actes, de l’électorat populaire que nous devons allés rechercher, et c’est bien là que nous devons être vigilants et forts, je l’espère ensemble.

Cela permet d’aborder de suite une troisième question. Nous avons fait la synthèse pour permettre la victoire en 2007. Henri Emmanuelli n’a cessé de le répéter. Pas de victoire possible en 2007 sans parti rassemblé, puis gauche rassemblée. Le premier point était directement de notre responsabilité. Nous avons agi. Mais ce rassemblement supposait aussi de dépasser le clivage du oui et du non, ce qui ne veut pas dire, loin de là, ne pas tirer les enseignements du non, car même avec une majorité de citoyens de gauche qui ont voté non vous ne faites pas une majorité de gauche dans le pays. Il faut unir les oui de gauche et les non de gauche pour faire une majorité. Or cela détermine une stratégie. Nous savions aussi, pour faire de temps en temps un peu de politique, que si nous ne faisions pas synthèse, si les non, nous, Fabius, ne faisions pas synthèse, nous choisissions, dès le Congrès du Mans, notre candidat à la présidentielle. Cela nous ne l’avons pas voulu. Cela ne veut pas dire que ce choix ne peut être fait maintenant. Mais en tout cas l’argument de la cohérence du non trouve ici ses limites, puisque nous avions précisément décidés de déconnecter les deux questions, celle du vote au référendum et celle du choix du candidat.

Enfin, pour ce qui concerne notre réunion, NPS et Nouveau Monde, le départ d’Arnaud et l’influence que nous avons exercé sur la synthèse et sur le projet, la leçon est simple : on est plus forts, plus efficaces, plus entendus quand on est ensemble, et c’est pourquoi ma ligne est bien, je vous l’ai dit hier, unité, sincérité, efficacité.

Venons, avec cette orientation, cette identité, cette histoire, à la question du choix à la présidentielle. Avec aussi ses exigences : unité ; sincérité, efficacité.

D’abord, et je l’ai dit tout à l’heure, la responsabilité de la situation présente ne nous incombe pas. C’est la majorité de Dijon qui explose en une gerbe de candidats, et c’est le résultat d’une certaine gestion du Parti. Dans cette affaire, et y compris sur le calendrier choisit que nous avions dénoncé, il y en a de plus responsables que d’autres. Chacun mesure alors le paradoxe que certains nous proposent en allant chercher le pyromane en chef pour éteindre l’incendie.

On dit, il y a trop de candidatures. Certes. C’est ce que j’ai dit, le premier, en juin. En juin, pas fin septembre. Et peut-être pouvons-nous nous interroger pour savoir si nous n’aurions pas évité certaines candidatures, ou certaines tentations de candidature, en repoussant sans cesse notre choix et en affirmant pas, encore aujourd‘hui, clairement notre choix.

J’ai entendu, dans le débat d’hier, certains camarades regretter que nous n’ayons pas nous-mêmes de candidat. Mais enfin, c’est un débat que nous avons eu, et que nous avons tranché pour des raisons de fond. Si l’un de nous pensait sérieusement pouvoir être Président de

la République

, nous l’aurions soutenu sans aucune réserve, vous pouvez en être certain. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. Nous aurions eu un candidat de premier tour dans une élection qui n’est pas, il faut s’en souvenir, à la proportionnelle. Dans quel but ? L’intérêt de

la France

, du parti, de

la Gauche

? Non, de notre boutique. Mais est-ce seulement certain ? Car nous n’aurions fait que repousser les difficultés du choix au second tour, et peut-être même, en opportunité, dans cette configuration nous aurions fait moins qu’au congrès. Tous ces arguments nous semblaient avoir convaincu et je suis étonné d’avoir encore entendu cette idée d’une candidature NPS à plusieurs reprises hier.

On dit, avec vivacité parfois, que certains candidats ou candidates ne seraient pas de gauche ou pas socialistes. J’invite, en ces matières, à la plus grande prudence. De quoi aurait-on l’air demain à soutenir un ou une candidate, contre la droite, dont nous aurions nous-mêmes déclarés à plusieurs reprises qu’elle n’est pas de gauche. Adoptons un principe simple : au Ps, tout le monde est socialiste et tout le monde est de gauche. Cela peut, vous verrez, éviter certains désagréments.

Enfin, on me dit qu’il pourrait être utile de faire appel au premier secrétaire, à François Hollande. C’est une idée. Je ne la partage pas. Moi, vous le savez, avec de très nombreux responsables du NPS, je vous appelle à soutenir Ségolène Royal. Mais j’ai dit aussi que je ne voyais pas pourquoi il faudrait nous déchirer entre ces deux options, puisqu’à mon humble pressentiment je crois que des deux il n’y aura qu’une candidature. On peut donc attendre encore huit jours, se reparler à ce moment là et essayer de construire une position collective. C’est d’ailleurs ce que propose le texte que nous avons adopté hier.

Unité, efficacité, très bien. Mais sincérité aussi : moi et ceux qui ont fait le même choix nous avons proposé sincèrement et dans la clarté notre orientation à notre courant. Souhaitons que chacun ait procédé de même et sans trop d’habileté.

Mes camarades,

Imaginons ce que pourra être

la France

dans un an, si Sarkozy a gagné. France où la prostituée qui racole, le jeune en bas de la cage d’escalier, le mendiant qui fait l’aumône sont les premiers ennemis, France sécuritaire, France de la haine de l’autre, de la peur, où l’on dresse les communautés les unes contre les autres, où l’on emploie sans cesse la technique du bouc-émissaire.

La France

dans un an, France du tout libéral, où le politique sera aux mains des puissances de l’argent, les Lagardère, Bouygues, Dassault, avec des médias aux ordres, dans la crainte, France dur pour les faibles et douce pour les puissants, en rupture avec son histoire, ses valeurs

Cette France, elle existe, mais ce n’est pas la nôtre. Nous portons une autre idée de la liberté, de la justice, de la fraternité, et ici, dans cette salle, nous savons que nous avons les valeurs, le projet, le courage, l’ardeur pour combattre et gagner

Le carré magique que j’évoquais en commençant, voilà ce qui doit nous permettre de gagner

Mes amis, mes camarades,

Quelque chose a changé

Je reviens à moins de départ, à 2002. Souvenez-vous. On n’a pas assez écouté, on n’a pas assez entendu les nôtres. Ne recommençons pas.

Ce n’est pas l’opinion, ce ne sont pas les sondages qui nous dicterons nos choix, mais ce sont les femmes et les hommes que nous rencontrons dans notre vie de militants, de citoyens, d’élus

Depuis quelques mois, il y a à nouveau un petit espoir, une petite flamme, ne soyons pas ceux qui l’enterrent sous les cendres, choisissons au contraire d’être ceux qui la font grandir, et qu’elle puisse porter haut sa lumière, diffuser loin sa chaleur

Mes camarades, faisons le ensemble, et maintenant, faisons-le vite !

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Intervention Henri Emmanuelli à Saint Nazaire (24/09/06)

HenriEmmanuelli

Si l’on veut bien faire abstraction de la réalité virtuelle qui enfle régulièrement six mois avant chaque présidentielle quelle est aujourd’hui la véritable situation ?

Au départ de la séquence que nous vivons, il y a l’accident politique du 21 avril, et le second tour calamiteux qui s’en est suivi où, sous prétexte de sauver la RépubliqueS’appuyant sans vergogne sur l’ambiguïté politique de la situation, la Droite s’est  alors résolument lancée dans une tentative de liquidation de ce qui subsiste de l’Etat Providence, de ce modèle social français, qui encombre le MEDEF depuis si longtemps. Après la libre circulation des capitaux et des marchandises, le Code du Travail – frontière où s’arrêterait la liberté, selon Mme Parisot- était le dernier bastion à faire tomber. Et elle s’y est employée ardemment, remettant en cause les 35 heures, imposant le CNE, puis s’essayant sans succès au CPE. Sur le plan fiscal, elle a mené une véritable politique de classe. Politique qui débouche aujourd’hui sur une explosion des inégalités et une crise des finances publiques sans précédent, crise qu’elle s’efforce de transférer sur les collectivités locales, sous prétexte de décentralisation.

Le pacte républicain n’a pas été mieux traité : communautarisme larvé et discrimination positive, ces deux jumeaux homozygotes du conservatisme, ont fait leur apparition dans les discours et dans les faits. Les problèmes réels et ultra sensibles de l’immigration et de la sécurité ont été instrumentalisés et le sont plus que jamais, plutôt que traités avec l’efficience et le sérieux qu’ils méritaient. Le résultat de cette instrumentalisation au service des ambitions électorales d’un homme qui récidive à toute occasion débouche sur la crise des banlieues et une augmentation de 27% des violences sur les personnes depuis 2002. On n’ose imaginer ce que titrerait la presse de droite si la gauche avait échoué de manière aussi évidente… J’aimerais, a ce sujet, que l’Ifop pose la question suivante : « Sachant que les violences aux personnes ont augmenté de 27% depuis que M. Sarkozy est ministre de l’intérieur, pensez vous qu’il soit le mieux placé pour lutter contre l’insécurité ?». Mais je rêve !

Oui, le bilan de cette droite est un échec et sa situation politique est grotesque. Pensez donc ! Le Numéro Deux du Gouvernement, Président du parti majoritaire, sans le soutien duquel le Gouvernement n’existerait pas, se dit en rupture avec la politique qu’il mène depuis 5 ans. Au pays de Descartes, il est le seul à se regarder marcher dans la rue depuis sa propre fenêtre. Caracolant sur les esplanades cathodiques comme le Général Boulanger sur celle des invalides autrefois, il met pied à terre à Washington pour stigmatiser l’arrogance du pays qu’il prétend chevaucher. Du soleil, il n’a que la trajectoire : comme lui, il se couche à l’Ouest !

Mais il y a pire ! Il y a ce qui se prépare !

Appuyé sur le CAC 40 et ses filiales médiatiques, ayant réussi à circonvenir son ancien maître et son Parti, il s’apprête, porté par l’argent et la crainte qu’il cultive, à infliger à la France une purge néo-conservatrice que ses supporters zélés doivent rêver irréversible. Tout y est : l’alignement sur les Etats-Unis, le communautarisme, l’autoritarisme, la discrimination positive, la suppression de la carte scolaire et des régimes spéciaux, l’immigration à la carte, l’ultra-libéralisme économique, sans oublier Doc Gynéco et Johnny Halliday.

Encore faut-il que les choses soient claires, que la confrontation soit assumée, que l’enjeu et que le débat soient politiquement bien positionnés. Que l’on ne confonde pas, une fois de plus, le mirage du second tour avec la réalité du premier.

Et ceci d’autant plus que je pense, mes chers camarades, après y avoir bien réfléchi, que notre pays, comme beaucoup d’autres en Europe, s’avance vers une période difficile de son histoire. Sous les effets conjugués des conséquences sociales non maîtrisées de  la mondialisation et de la pression migratoire, ce qui devait arriver est en train de se produire : les opinions publiques se laissent gagner par une tentation populiste dangereuse dont l’inspiration se situe à l’extrême droite de l’échiquier des valeurs politiques plutôt que dans le répertoire des valeurs humanistes de la gauche. Dès 1994, au sommet européen d’Essen, en Allemagne, notre camarade Wratnisky, futur chancelier d’Autriche, avait pronostiqué que si

En traduction française, cela veut dire que Sarkozy court ostensiblement derrière Le Pen. Cela veut dire que nous ne devons pas commettre l’erreur historique de courir derrière lui.

C’est pourquoi - je vous le demande avec gravité- soyons vigilants et exigeants. Soyons celles et ceux dont la lucidité, le désintéressement et le courage évite à notre parti, et à travers lui à toute la gauche, une débâcle politique et morale.

Défendons notre projet, ne le laissons pas interpréter au gré des humeurs et des pressions de l’air du temps. Exprimons avec clarté ce que sont nos exigences, parce que ces exigences sont celles de la victoire, pour demain, comme pour après demain.

Mes chers Camarades, NPS n’a pas à rougir de son action.

D’abord parce que nous avons toutes et tous, ici, à des degrés divers d’engagement, œuvré à la victoire du Non en interne comme en externe, dans le parti comme devant les français. Et ce faisant, nous avons fait la démonstration, malgré les sondages, malgré la virtualité annoncée et martelée d’une victoire annoncée du Oui, que nous étions en phase, non seulement avec les craintes et les aspirations de notre peuple, mais aussi d’une écrasante majorité de la Gauche française. Y compris lorsqu’elle se réclame du vote socialiste.

Nous avons ensuite, et, je le sais, malgré les réticences de beaucoup d’entre vous, fait prévaloir le principe de responsabilité, en acceptant une synthèse qui n’allait pas de soi avec celles et ceux qui nous menaçaient d’exclusion quelques mois auparavant.

Nous l’avons fait au nom d’un impératif simple, à savoir que la Gauche ne peut gagner que si elle rassemblée. Sauf à changer d’alliance et de destin pour une aventure centriste dans laquelle elle se dissoudrait pour longtemps et qui déboucherait rapidement, j’en suis certain, sur une subversion de notre démocratie et de notre république par les deux extrêmes.

Nous l’avons fait parce qu’a l’évidence, un parti divisé ne peut pas prétendre rassembler la gauche tout entière, sauf a être dirigé par celui qui incarnait cette stratégie dont il était le concepteur : je parle de François Mitterrand.

Nous nous sommes ensuite, sincèrement et consciencieusement, investis dans le projet et sa diffusion ,y consacrant tout l’hiver et tout le printemps. Nous l’avons fait avec modestie et sans trop d’illusion, mais nous l’avons fait.

Nous avons ensuite, bien qu’étant le plus important courant du PS, eu la sagesse de ne pas allonger la liste des candidatures, bien que beaucoup, parmi vous l’aient souhaité, pour des raisons qui avaient leur logique.

Et c’est parce que nous avons fait tout cela ensemble que nous devons rester ensemble le courant le plus important du PS, qui revendique haut et fort le droit de faire prévaloir la raison dans l’espace limité qui subsiste aujourd’hui entre le choc des ambitions, la fébrilité des opportunismes, le désabusement ou l’engouement.

Oui je revendique cela en notre nom à toutes et à tous, le droit de rappeler avec force, en un moment où il n’est pas encore trop tard, pour éviter que ne se cristallisent des logiques de divisions, ce que sont les conditions de la victoire, qu’il s’agisse du fond ou de la stratégie.

Sur le fond, c’est ce que nous faisons avec le texte qui est aujourd’hui présent sur vos tables.

De ce texte, je ne vais pas faire un commentaire exhaustif. Je me contenterai simplement de quelques remarques et de quelques mises au point, à titre d’exemple, sur des sujets sensibles dont il serait irresponsable de sous estimer la portée symbolique et politique.

Nous avons certes un projet qui engage tous les socialistes. Mais force est de constater que si tous les postulants et postulantes à la candidature s’en réclament, par nécessité liturgique et électorale interne, son interprétation et sa hiérarchisation sont quelque peu diverses et variées. Je ne vois pas pourquoi, dans ces conditions, et au prétexte que nous sommes les seuls à observer ce que j’appellerai la vertu «  d’abstinence candidaturale », nous serions les seuls à devoir nous taire.

S’agissant des institutions, nous risquons, par manque d’audace, de passer à côté de la cause principale qui nourrit la crise politique dans laquelle se débat de notre pays. Il ne suffit pas de dire que ces institutions sont devenues absurdes par obsolescence. Il faut dire haut et fort que la pratique politique a été totalement dévoyée parce que nous sommes la seule démocratie occidentale où le principe fondamental de responsabilité politique est foulé aux pieds. Cohabitation après cohabitation, vote bafoué après vote bafoué, la souveraineté du peuple se vide de son sang. Le couperet électoral passe, en 2004, en 2005 : la monarchie républicaine s’en moque, se contentant d’attendre, avec le retour des vacances, la remontée des opinions positives. La rue s’enflamme, la mobilisation sociale atteint des sommets ? Peu importe : le monarque décide seul, et lui seul, d’infliger à l’opinion qui n’en veut plus et à sa propre majorité qui n’en peut mais, le maire du palais qu’il s’est choisi, et dont on ne sait s’il est son obligé ou son geôlier. Et la liste n’est pas clause. Heureuses nations, heureux partis où les leaders démissionnent quand ils perdent les élections ! Heureuses démocraties où le verdict des urnes est suivi d’effets immédiats, où les ministres ne sont pas en rupture avec l’action des gouvernements qu’ils portent sur leurs épaules. Heureux pays où la démocratie se tient debout parce qu’elle est vertébrée par le respect et la pratique rigoureuse du principe de responsabilité politique qui est indissociable du respect du citoyen !

Oui mes camarades, sur ce terrain là, nous mettons la barre beaucoup plus haut, et veillerons à ce que le débat soit dans le débat. Nous attendons que celle ou celui qui sera notre candidate ou notre candidat, par delà les considérations utiles sur la démocratie participative, prenne des engagements irréversibles. Celui de soumettre chaque année au vote du parlement une déclaration de politique générale. Celui de respecter la constitution en n’engageant pas des forces militaires sans un vote du parlement. Celui de ne pas cohabiter dans n’importe quelle circonstance, c'est-à-dire de ne pas s’appuyer sur la décision d’hier pour nier ostensiblement celle du moment. Celui de ne plus organiser de votes sans débats. Celui de tirer les conséquences d’une convocation aux urnes dont il ou elle aurait pris la responsabilité : bref, de rendre le pouvoir au peuple qui a le sentiment, à juste titre, de l’avoir perdu.

S’agissant de la République, nous devons être exigeants et ne pas accepter que les principes qui la fondent soient remis en cause. Nous ne devons pas admettre que le modèle d’intégration républicain soit stigmatisé au moment même où l’étude la plus sérieuse jamais produite sur le sujet - qui plus est par un institut anglo-saxon - démontre que, malgré ses faiblesses, voire ses blessures béantes, ce système est celui qui donne de très loin les meilleurs résultats. Que le modèle présente aujourd’hui de sérieuses lacunes, qu’il soit malade, nul n’en doute. Mais on n’achève pas les malades : on les soigne ! Je n’accepte pas que l’on supprime la carte scolaire parce que je n’accepterai jamais que l’on mette en route, à rebours de l’histoire et du progrès, un processus qui aboutirait a ce qu’il y ait des écoles de riches et de pauvres, de blancs et de noirs, de privilégiés et de condamnés par la naissance. Oui je sais, je sais que cela existe et même que cela se développe. Et ce n’est pas à notre honneur. Mais gouverner ce n’est pas se résigner. Partir du réel pour aller vers l’idéal, ce n’est pas condamner l’idéal au motif qu’il n’est pas encore le réel. Je veux bien que l’on cite Jaurès à tous moments. Mais je n’accepte pas qu’on lui fasse dire le contraire de ce qu’il nous a légué. Je veux bien que l’on change de logiciel parce que le mouvement même de la vie est celui d’un perpétuelle évolution, mais changer de logiciel ce n’est pas changer de veste. Ceux qui connaissent l’informatique savent qu’il ne faut pas confondre logiciel et système d’exploitation !

Même chose pour la discrimination positive, qui est à l’égalité ce que l’offrande est à la misère, ce que la compassion est à la justice sociale.

Sur l’immigration, attention ! Nous avons fait notre choix : celui d’une immigration partagée. C’est un choix lourd, responsable, humaniste, sur un sujet dont l’importance est déjà considérable et dont les implications vont littéralement dominer le champ politique. Un sujet sur lequel nul n’a le droit de se livrer a des improvisations, sauf à prendre le risque de déclencher de véritables cataclysmes. 

Attention aussi sur la laïcité. Ne laissons pas grignoter ce principe de tolérance au nom justement de la tolérance ! Au risque d’ouvrir toutes grandes les portes de l’intolérance alors que l’intégrisme religieux menace, dans un monde où des fous prônent ouvertement ou implicitement l’affrontement entre civilisations.

S’agissant de l’Europe, nous avons obtenu des avancées réelles. Mais nous n’accepterons pas que la problématique essentielle, celle qui a pesé si lourd sur le vote des français, la question de l’avenir de l’industrie européenne, des délocalisations, soit passée sous silence. Certes nous avons obtenu que l’on inscrive dans le projet une réactivation du TEC (Tarif Extérieur Commun) Mais au moment où

Il y a enfin la question sociale. Je me contenterais de dire aujourd’hui que cette question est la marque distinctive de la gauche et que nous sommes particulièrement attendus sur ce terrain là. Qu’il s’agisse des exclus ou des classes moyennes durement précarisées, nous devons prendre l’engagement de faire reculer l’inégalité sous toutes ses formes. Au bout du bout, un régime de gauche qui échoue sur ce défi sera condamné. Nous serons jugés sur l’évolution respective des diverses catégories de revenus et plus précisément des salaires part rapport aux autres catégories.

Quant à la dispute philosophico-politique sur la valeur travail - un exemple parmi d’autres de sujets à manier avec rigueur - ne vous laissez pas abuser. Pour l’essentiel, la valeur du travail est celle de sa rémunération. Pour le reste, ce débat est plus instructif par ce qu’il ne dit pas que par ce qu’il exprime. Exalter la valeur travail est souvent le moyen le plus élégant de stigmatiser, sans s’abaisser à le faire, les prétendus ravages de l’assistanat. Il peut être utile aussi pour inciter les bas salaires à accepter dans la joie leur triste sort, les classes moyennes leur régression sociale et les jeunes cadres leur précarité et leur stress. Vous observerez avec moi que les bénéficiaires de stock-options ont préféré ce type de motivation à tout discours sur la valeur travail. En fait, au bout de ce discours, on pourrait, à la limite, rencontrer des gens heureux de payer pour travailler. La récente campagne de la droite en Suède a été, dans le genre, un véritable chef d’œuvre. Attention donc a ce genre de discours apparemment bien intentionné et souvent bien reçu : ils explosent à retardement !

Je pourrais également parler de la sécurité, des services publics, des universités, des retraites en général et des régimes spéciaux en particulier. Et de bien d’autres sujets encore, qu’ils soient réputés tabous ou rituels.

Ah, ces tabous mes camarades ! Ces fameux tabous qui, comme les corporatismes, ne sont invoqués et ne suscitent la réprobation ou l’indignation que lors qu’ils sont réputés de gauche.

Oui, je pourrais continuer, et je le ferai ailleurs et autrement, n’en doutez pas ! Mais comme le temps presse Venons en maintenant à la partie stratégique, sans doute la plus attendue.

Je l’ai déjà dit et vous le savez toutes et tous, la gauche ne peut gagner au second tour que si elle est rassemblée. Mais, comme nous l’a rappelé durement le 21 avril, pour se présenter au second tour, il faut passer le premier.

C’est la raison essentielle pour laquelle, je me répète, nous avons fait la synthèse au congrès du Mans : rassembler le parti pour lui permettre de rassembler la gauche.

Or, qu’il s’agisse de la gauche en général ou de notre parti, constatons-le sans dramaturgie inutile, le compte n’y est pas ! Loin s’en faut !

Si l’on regarde autour de nous, hors de nos rangs la gauche est divisée. Non seulement elle est divisée, mais à bien y regarder, force est de constater qu’aux divisions entre partis se surajoutent des fragmentations internes. Par courtoisie, je n’en dirai pas plus. Mais les détails de cette fragmentation sont sur la place publique et font l’ordinaire des journaux.

Plusieurs causes peuvent expliquer cette situation insatisfaisante.

Au premier rang d’entre elles, l’erreur funeste de l’inversion du calendrier qui nous a déjà coûté cher en 2002 et qui menace de reproduire ces effets négatif sur l’indispensable processus de rassemblement. Non seulement cette inversion débouche sur une multiplication des candidatures existentielles au premier tour de la présidentielle, transformée pour la circonstance en primaire mesurant les rapports de force à l’intérieur de la gauche, mais elle bloque de surcroît toute négociation antérieure à la présidentielle sur des programmes législatifs de gouvernement. Car comment se différencier pendant la présidentielle de ses partenaires concurrents si on a signé avec eux un programme de gouvernement ?

La seconde raison me parait être notre propre effondrement le 21 avril. Jusqu’à cette date, et depuis 1974, c’est autour du PS, challenger du second tour, que se structurait le rassemblement. De ce rassemblement potentiel, il était le noyau lourd. Son échec en 2002 a libéré les forces centrifuges qui, à l’état potentiel, sont inhérentes à la gauche. Des tentations récurrentes, refoulées jusque là par l’implacable mécanique du second tour ont retrouvé, sur sa gauche comme sur sa droite, une nouvelle vitalité.

La troisième raison, plus contingente, réside sans doute, paradoxalement, dans la puissance et la force du vote du 29 mai. Chacune des parties ayant contribué à sa formation et à son expression croit pouvoir y puiser un nouvel élan pour se renforcer. En revendiquant la paternité de ce vote. Mais aussi en essayant de puiser, au passage, dans l’électorat socialiste, qui a constitué plus de la moitié des voix de gauche qui se sont portées sur le Non (et plus de la moitié de l’électorat socialiste)

Si l’on ajoute à cela les concurrences traditionnelles, la description est à peu près complète.

Il est clair que l’on ne peut se résigner à cette situation. Malgré le handicap institutionnel, malgré les divisions, il faut faire le maximum pour discuter un contrat de justice et de progrès entre toutes les formations prêtes à prendre leurs responsabilités dans un éventuel gouvernement. C’est ce que je suis allé dire aux communistes dimanche dernier au nom de notre parti. C’est ce que nous répéterons à Marie-Georges Buffet lors d’un prochain contact bilatéral. Il faut aussi, sans polémiques inutiles, s’adresser à toutes et à tous pour leur expliquer que face au danger qui menace, nul ne pourra s’exonérer de ses responsabilités de second tour. Il ne s’agit ni d’évoquer le vote utile, qui agace, ni de reconstituer la gauche plurielle : il s’agit tout simplement de regarder les choses en face et d’en appeler à la responsabilité de chacun. Et de construire, le plus rapidement possible, non pas un programme détaillé, mais le socle commun de nos engagements essentiels devant le pays : sur la démocratie retrouvée, sur l’Europe et la difficile question de la survie de l’industrie européenne, sur l’action et les services publics, sur le pouvoir d’achat et la perénité des systèmes de protection sociale.

Je ne cesserai, pour ma part, de m’y employer. Parce que c’est une des conditions de la victoire.

Reste notre parti et l’indispensable rassemblement des socialistes. Là non plus, mes camarades le compte n’y est pas.

On me dira que notre unité n’est pas menacée, qu’il s’agit juste d’un mauvais moment à passer, que le mauvais spectacle ne va pas durer. Je voudrais en être sûr. Car pour l’instant, je n’ai pas le sentiment que ça s’arrange ! Au contraire je vois la liste des candidats sur le point de s’allonger. Je vois la compétition se structurer politiquement, sur des sujets qui peuvent être déflagrateurs. Je vois les acteurs du présent s’en prendre à ceux du passé, et vice versa : ce sont souvent les mêmes. J’entends des phrases blessantes qui ne cautériseront pas aussi facilement qu’on veut bien le dire.

Je vois surtout, en lieu et place du parti rassemblé que nous avions souhaité en sacrifiant à la synthèse, des écuries structurées ou en passe de l’être. J’entends un message éclaté, des discordances amplifiées et je constate qu’une fois de plus, plutôt que de parler aux français, nous faisons parler de nous-mêmes.

Je constate que le combat que mène avec courage une poignée de camarades à l’Assemblée Nationale sur le projet de loi GDF-Suez n’est même pas respecté.

Partout où je passe, je me fais apostropher : « Essayez de mettre de l’ordre, faites quelque chose » me dit-on ! Dans la rue, dans les restaurants, dans les rassemblements, dans les inaugurations, dans l’avion et même sous les portiques de sécurité de l’aéroport.

Je pensais pourtant que nous avions fait ce qu’il fallait. Mais à l’évidence, nous nous sommes trompés. Ou on nous a trompés.

Nous étions pour une désignation tardive et une compétition la plus sobre et la plus courte possible. Nous n’avons pas été entendus. Au contraire, nous allons produire un long spectacle, lourd de dangers, tout au long de l’automne.

Alors disons les choses clairement : ça ne peut pas durer. Ca ne doit pas durer.

Je pense, comme beaucoup d’entre vous ici, qu’à ce stade il appartient au premier secrétaire, garant de notre unité et possédant la légitimité pour mener le combat, de prendre ses responsabilités et d’être candidat à la candidature dans le parti qui est le sien. Je pense qu’il lui appartient de renverser la table et de créer une situation où ce sera aux autres de justifier leur différence vis-à-vis d’un projet qu’ils ont tous approuvé et dont il est de garant. Ou d’expliquer leurs réticences vis-à-vis d’une personne qu’ils ont toutes et tous choisis et porté de leurs suffrages répétés, ce qui n’est pas forcément notre cas.

Je le demande non pas à François Hollande, mais au premier secrétaire du parti élu dans nos rangs au suffrage universel. Ce qui n’est pas, à ma connaissance, un moyen de nommer à une fonction administrative. Un premier secrétaire qui a pour premier devoir de rassembler les socialistes et de tout mettre en œuvre pour rassembler la gauche.

Ce ne serait pas comme je l’entend dire, une candidature de plus, mais au contraire une candidature qui à l’évidence en éviterait beaucoup d’autres.

Je sais que c’est très difficile, je sais que c’est peu probable. Mais à mais a ce degré de responsabilité, les choses ne sont jamais faciles, il faut les vouloir, et les vouloir très fort.

Et s’il ne le fait pas ?

Et bien s’il ne le fait pas, nous serons libres. Je constaterai pour ma part que les promesses de la synthèse dans laquelle beaucoup d’entre vous sont entrés a contre cœur n’ont pas porté leurs fruits. Et nous ferons nos choix, après le dépôt des candidatures. Et je ferai le mien, mon second choix. On dit que je n’aurais pas d’avis. Dans ce « casting par défaut », j’en ai un, que personne n’en doute ! En cohérence avec les principes et les convictions qui ont toujours guidé mon action politique.

Mais quoiqu’il arrive, je vous le demande, essayons de rester ensemble. Car à bien y regarder, il me semble que nous sommes la seule sensibilité du parti, la plus importante, à avoir jusqu’ici toujours privilégié la politique au sens le plus noble du terme en portant les couleurs du courage et du désintéressement. Il faut continuer à servir la France, et servir la gauche, et ne pas s’en servir. Merci.

la Chine instaure des droits de douane de 60% sur certains de nos produits, nous ne pouvons faire l’impasse sur les conséquences a terme du libre-échange sans précaution. Ne vous y trompez pas, mes camarades, dans chaque circonscription, dans le pays tout entier le sujet est d’une brûlante actualité. Ceux qui gardent la tête dans le sable finiront par l’y perdre. A nous de leur éviter cette mésaventure.

la Social-Démocratie n’offrait pas une alternative à l’évolution en cours, l’Europe pourrait connaître des années noires. Le diagnostic était juste, mais les actes n’ont pas suivi.

La Social Démocratie, au contraire, en se ralliant de facto à la mondialisation, a donné et donne le sentiment d’être dans l’incapacité d’offrir cette alternative. Pire, le Social Libéralisme est perçu pour ce qu’il est en réalité : un avatar d’accompagnement de cette prétendue libéralisation dont nous savons, nous, qu’elle débouche en réalité sur l’exclusion et la précarisation des salariés et la toute puissance des forces de l’argent.

La France a résisté dans les urnes en 2004 et en 2005. En 2006 elle a résisté dans la rue, contre le CPE, combat exemplaire où nos jeunes camarades, dont certains, et non les moindres, sont ici présents, ont pris une part exemplaire et prépondérante. Je les salue et je leur dis que sans eux et la responsabilité qui est la nôtre, vis à vis de la jeunesse de ce pays, je ne serais peut être pas là… Rétive au néo-libéralisme,

la France devrait l’être davantage encore à ce néo-conservatisme importé d’outre atlantique. C’est pourquoi nous avons une possibilité sérieuse de victoire, et aussi un devoir de victoire.

La France d’après, comme dit l’UMP, ce sera, pour l’immense majorité de nos concitoyens, la France d’après la République. La France d’après le pacte citoyen et social, d’après la solidarité, d’après la fraternité. Bref, une France passé au karcher et soumise à l’autorité de l’empereur du bureau ovale et de son proconsul hexagonal.

, nous avons sérieusement abîmé la Gauche. Cela a donné Jacques Chirac élu avec 82 % des voix, c’est-à-dire autant sinon plus de voix de Gauche que de Droite. Puis, juste derrière, pour cause d’erreur funeste d’inversion de calendrier - quelle faute, mes Camarades - nous avons subi l’échec des législatives que nous avions nous même programmé et théorisé.

Posté par Npsloire à 13:41 - Université de Rentrée à Saint Nazaire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Bolkestein : un épilogue aux conséquences dangereuses

Benoît Hamon

ligne
Député européenHamondix
Secrétaire national à l'Europe du Parti Socialiste

Après le vote du Parlement européen en première lecture, en février dernier, et la position commune du Conseil de juillet, la directive services, dite Bolkestein, est de retour au Parlement européen pour sa deuxième lecture.

Le texte du Conseil revient à grandes enjambées sur nombre des acquis de la première lecture parlementaire, en introduisant plus de bureaucratie, plus de confusion et d'incertitude juridique.

- Un système de contrôle bureaucratique et inefficace des activités de service, sous la responsabilité du pays d'origine de l'entreprise : c'est le retour par la petite porte du Principe du Pays d'Origine, dont on nous avait pourtant promis la disparition.

- Plus de bureaucratie, par une procédure de suivi qui fait la part belle à la Commission, chargée désormais, sans aucun contrôle démocratique, de produire des "orientations", à la portée juridique incertaine, sur l'application de la directive.

- Plus de confusion et d'insécurité juridique pour le droit du travail, par une disposition qui met le droit social et du travail national sous tutelle européenne.

- Plus d'incertitude pour les services publics, notamment les services sociaux d'intérêt général, dont l'exclusion du champ d'application de la directive est remise en question.

La bataille sera courte et difficile, car le Parlement a jusqu'à fin novembre pour essayer d'amender le texte du Conseil, à la majorité qualifiée. Le Conseil, Gouvernement français compris, et la droite du Parlement européen avec le soutien actif des élus UMP, veulent une conclusion rapide et discrète de cette procédure législative. Au terme de trois ans de débats parfois acharnés, cette ultime ligne droite annonce un épilogue aux conséquences dangereuses si le texte de la directive services devait, selon le vœu du Conseil, être adopté en l'état.

Posté par Npsloire à 13:32 - Tribune - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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